Association Diffusion de la Parole

Première rencontre

Préambule

Je me promène dans le centre d’une grande ville à l’occasion de rencontres d’information spirituelle avec le public.

Un homme semble particulièrement intéressé par mes propos ; nous échangeons pendant quelques courts instants, puis il me déclare :

« Je suis un tueur de la mafia. J’ai été condamné à vingt ans de réclusion et je viens de sortir de prison. »

L'initiation

L’homme, les cheveux gominés parait effectivement un peu décalé, mais surtout une odeur extrêmement dérangeante émane de lui.

Étudiant, j’avais fait des jobs pendant l’été, dont l’un s’effectuait chez un commerçant-traiteur où il arrivait que nous ayons à décharger les carcasses en provenance de l’abattoir proche. Je reconnais cette odeur.

Le personnage poursuit son récit :

« Mon père était aussi un tueur de la mafia. Un jour, à l’âge de treize ans, il me donna un pistolet et me dis : tue-le ! » En me montrant un passant.

« Qu’est-ce qu’il a fait ? » Demandais-je.

« Rien. Tue-le ! » Insista-t-il.

Voilà apparemment comment commença son initiation.

Le bonhomme, un peu désorienté, espérait un soutien de ma part ; lorsque vous quittez la civilisation pendant vingt ans, l’environnement que vous avez connu a beaucoup changé ou n’existe plus tout simplement.

Je l’aidais comme je pus, tout en restant conscient d’être en face d’un individu qui ne savait pas résoudre les difficultés du quotidien autrement que par la domination et le meurtre.

L'horreur

Quelque temps s’écoula.

Je retrouvais cet homme dans l’espace-temps non baryonique cette fois. Je ne connais pas les circonstances de son décès.

L’environnement est obscur et sans relief. Je devine au loin la silhouette d’une construction qui m’évoque un centre hospitalier. Je m’y rends instantanément d’une pensée. L’intérieur rappelle plutôt celui d’une prison délabrée.

Mon regard est attiré d’emblée par des textures tire-bouchonnées répandues un peu partout. Pendant que je m’interroge sur leur nature, je découvre l’individu que je cherche.

Il est allongé nu sur un lit de camp, le corps inondé par un flot de sang noir jusqu’au cou.

Alors que je me demandais s’il était inconscient ou tout simplement endormi, il sentit ma présence et se redressa d’un coup, assis sur le bord de son lit.

Il sait pourquoi je suis venu lui rendre visite ; incapable de parler, il me fit de grands signes négatifs de la tête pour me signifier que je ne pouvais rien faire pour lui.

En le quittant, je compris alors que les formes hétéroclites partout répandues étaient en fait des excréments.


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